Back

2017_ACTU_PDV_BPA

Le bisphénol A reconnu comme perturbateur endocrinien chez l'humain

Le bisphénol A reconnu comme perturbateur endocrinien chez l'humain

03 juil. 2017
Le bisphénol A reconnu comme perturbateur endocrinien chez l'humain

Le toxicologue André Cicolella, président du Réseau environnement santé, revient sur les étapes qui ont abouti au classement du bipshénol A (BPA) comme perturbateur endocrinien, 8 ans après l'alerte du RES.

Le BPA classé "substance extrêmement préoccupante"

16 juin 2017 : l'agence européenne des produits chimiques (ECHA) reconnaît le Bisphénol A comme perturbateur endocrinien pour l'humain. Le BPA était déjà classé comme toxique pour la reproduction. Sa toxicité est maintenant reconnue comme « substance extrêmement préoccupante », soit le plus haut niveau de toxicité selon les critères de REACH, sur la base des effets sur le  développement de la glande mammaire, les fonctions cognitives et le métabolisme.

Le 3 mars 2009, le RES avait organisé une conférence de presse à l'occasion de sa création. Pour illustrer la nécessité de faire de la santé environnementale un axe majeur de la politique de santé, le RES avait lancé une alerte sur le caractère perturbateur endocrinien du Bisphénol A. A ce titre, il demandait son interdiction dans les biberons, en mettant en cause l'expertise biaisée des agences EFSA* et AFSSA**. Cette alerte était lancée en prenant appui sur la déclaration de Chapel Hill publiée en 2006, par 38 scientifiques spécialistes du Bisphénol A : « Le large spectre d'effets adverses dus aux faibles doses de BPA chez l'animal de laboratoire exposé pendant le développement et à l'âge adulte est une grande source d'inquiétude eu égard au potentiel d'effets adverses similaires chez l'homme.

BPA : quels impacts sur la santé ?

L'évolution récente des maladies humaines recoupe les effets adverses observés chez l'animal de laboratoire exposé aux faibles doses de BPA, soit plus particulièrement : l'augmentation du cancer du sein et de la prostate, les anomalies urogénitales chez les garçons, un déclin de la qualité du sperme chez l'homme, la puberté précoce chez les filles, les désordres métaboliques, notamment le diabète insulino- résistant de type 2 et l'obésité, et les troubles du comportement tels que l'hyperactivité et le déficit d'attention (ADHD). »
Cette décision de classement du BPA pouvait donc être prise depuis longtemps. Même si les biberons au BPA ont été interdits en 2010 suite à la décision de la France - lire l'article complet - l'Union Européenne n'a toujours pas suivi la décision de la France d'interdire le BPA dans les contenants alimentaires.

"Eliminer totalement les perturbateurs endocriniens"

La Commission Européenne doit maintenant accepter une définition des perturbateurs endocriniens permettant de les éliminer totalement de notre environnement au lieu d'introduire une différence selon que les effets concernent la santé humaine ou l'écosystème et la France doit continuer d'être à l'initiative. C'est ce qu'attendent une très grande majorité de Français qui se déclarent à 75 % favorables à l'interdiction des perturbateurs endocriniens.

André Cicolella

*Agence européenne de sécurité sanitaire de l'alimentation (EFSA)
** Agence française de sécurité sanitaire de l'alimentation (AFSSA)

Portrait d'André Cicolella

Chimiste-toxicologue, André Cicolella est conseiller scientifique à l'Institut national de l'Environnement et des Risques (INERIS) et enseignant à l'École des affaires internationales de Sciences Po Paris. Il est président du Réseau Environnement Santé (RES), qui est à l'origine de l'interdiction du bisphénol A dans les biberons et les contenants alimentaires, de l'interdiction du perchloréthylène dans les pressings ou de la prise de conscience des effets de l'aspartame sur la santé. André Cicolella est l'auteur de nombreux ouvrages, notamment Toxique Planète : Le scandale invisible des maladies chroniques (Broché), Cancer du sein : en finir avec l'épidémie et Cancer de la prostate et Reproduction masculine : ces maladies qui auraient dû rester rares (Editions des Petits Matins).