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Pollution de l'eau : les normes pour les Perturbateurs endocriniens sont obsolètes !

Pollution de l'eau : les normes pour les Perturbateurs endocriniens sont obsolètes !

23 févr. 2017
Pollution de l'eau : les normes pour les Perturbateurs endocriniens sont obsolètes !

L'UFC Que Choisir a publié une analyse de la contamination de l'eau sur l'ensemble du territoire à partir des données fournies par le site du ministère de l'Ecologie. Conclusion : « près de 96 % des consommateurs peuvent boire leur eau en toute confiance, 2,8 millions ont en revanche une eau polluée notamment par les pesticides, les nitrates ou le plomb. »

Une eau conforme aux normes... mais des normes obsolètes !

Pour juger de la qualité de l'eau, l'analyse s'appuie très logiquement sur la grille d'analyse qui est celle de la réglementation. Le problème est que ces normes sont largement obsolètes au regard des connaissances scientifiques actuelles concernant les perturbateurs endocriniens. Or, comme l'ont réaffirmé récemment la centaine de scientifiques, spécialistes de ces substances, qui ont signé l'appel Halte à la manipulation de la science : Les perturbateurs endocriniens ne sont pas des substances comme les autres.

L'exemple le plus caricatural de la nécessité de repenser la réglementation est celui des pesticides.
La norme pesticide, fixée à 0,1 µg/l (0,5 µg/l pour les mélanges), repose sur le seuil de détection analytique des années 60 et non pas, comme on pourrait s'y attendre, sur des données toxicologiques.

Un impact sur la santé des enfants dès la grossesse

Les résultats de Que Choisir montrent que « sur les 20 molécules les plus fréquentes, 19 d'entre elles sont des herbicides, au premier rang desquels l'atrazine et ses molécules de dégradation. » Problème : l'étude Pelagie (Perturbateurs endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l'Infertilité et l'Enfance) menée auprès de 3000 femmes enceintes en Bretagne a montré que les femmes qui avaient des traces détectables d'atrazine et de ses composés, quel que soit le niveau, ont donné naissance à des enfants présentant un taux plus élevé de réduction du périmètre crânien (+50 %) et une restriction de la croissance fœtale (+70%), signe d'une perturbation du développement.

Il en est de même pour les nitrates pour lesquels la norme repose sur un effet sanitaire qui a disparu (méthémoglobinémie du nourrisson) et non pas sur le fait que les nitrates doivent être aujourd'hui considérés comme des perturbateurs des hormones thyroïdiennes avec des seuils d'action beaucoup plus bas, surtout si, à la pollution par les nitrates, s'ajoute celle par les perchlorates, comme le recommande Barbara Demeneix, professeure au Museum d'Histoire Naturelle dans son récent ouvrage.

Plus récemment le laboratoire de l'Union Européenne le JRC (Joint Research Center) a publié une étude menée par 16 laboratoires européens portant sur l'impact de mélanges de perturbateurs endocriniens évalué sur 35 tests. La conclusion est très nette : les normes pour les perturbateurs endocriniens sont obsolètes.

Il est temps d'adapter la réglementation aux données scientifiques d'aujourd'hui.

 

Portrait d'André Cicolella
André Cicolella est chimiste-toxicologue, conseiller scientifique à l'Institut national de l'Environnement et des Risques (INERIS) et enseignant à l'École des affaires internationales de Sciences Po Paris. Il est président du Réseau Environnement Santé (RES), qui est à l'origine de l'interdiction du bisphénol A dans les biberons et les contenants alimentaires, de l'interdiction du perchloréthylène dans les pressings ou de la prise de conscience des effets de l'aspartame sur la santé. André Cicolella est l'auteur de nombreux ouvrages, notamment Toxique Planète : Le scandale invisible des maladies chroniques (Broché), "Cancer du sein : en finir avec l'épidémie", publié aux Editions des Petits Matins, « Cancer de la prostate et Reproduction masculine : ces maladies qui auraient dû rester rares ».