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2016_ACTU_CICOLELLA_CANCER

« Cancer du sein, le péril jeune » Décryptage avec André Cicolella

« Cancer du sein, le péril jeune » Décryptage avec André Cicolella

10 nov. 2016
« Cancer du sein, le péril jeune » Décryptage avec André Cicolella

C'est le titre d'un article paru dans Libération du 21 Octobre. Deux jeunes femmes témoignent. Lili Sohn, qui a appris son cancer à 29 ans, en a fait une BD, une Guerre des tétons en trois tomes. Noémie Caillault, diagnostiquée à 27 ans, en a fait une pièce de théatre : Maligne. Ces témoignages détonnent par rapport au discours convenu sur le cancer du sein, présenté trop souvent comme la conséquence du vieillissement et du dépistage.

+69% de cancer du sein chez les 30-39 ans

L'analyse de l'évolution depuis 1980 montre qu'il n'en est rien. Au contraire, le cancer du sein touche des femmes de plus en plus jeunes, à des âges qui ne sont pas concernés par le dépistage. Le Monde publiait quelques jours plus tard un grand article sur l'évolution depuis 1980 par tranché d'âge [1]. Le taux a progressé régulièrement de 69 % pour la catégorie 30-39 ans et de 58 % pour la catégorie 40-49 ans. Aucun infléchissement. Il est donc vraisemblable que la progression va continuer.

Autre surprise de ces chiffres, pour les catégories concernées par le dépistage, un déclin est apparu à partir de 2004, date de systématisation du dépistage : -38 % pour les 50-59 ans et -15 % pour les 60-69 ans.

Quelles conclusions en déduire ? Il est clair que l'explication par le vieillissement et le dépistage n'est absolument pas pertinente. Il faut donc chercher ailleurs. Ailleurs, ce sont les changements environnementaux.

La Génération Bisphénol paye un lourd tribut

Pour les catégories les plus âgées, un phénomène majeur a été l'arrêt du Traitement Hormonal Substitutif, TSH, au moment de la ménopause, à partir justement des années 2002, 2003, suite à la mise en évidence par de grandes études britanniques et américaines d'un lien avec le cancer du sein. Pour les catégories les plus jeunes, la piste à suivre est dans les conditions environnementales qu'ont subies ces générations. C'est la génération Bisphénol exposée entre autres aux biberons en plastique à base de BPA et autres perturbateurs endocriniens dont il a été montré qu'ils induisent chez la souris et le rat des tumeurs mammaires après exposition pendant la grossesse.

Il est temps qu'Octobre Rose évoque les causes du cancer du sein. Affirmer une solidarité avec les victimes, c'est bien, mais c'est encore mieux de faire en sorte qu'il y ait de moins en moins de victimes. Rappelons que le cancer du sein c'est aujourd'hui 50 000 cas par an et 12 000 décès en France mais 1,8 million de cas dans le monde et 500 000 décès. La mise en évidence des causes environnementales donne des pistes pour agir et faire régresser cette épidémie.

 

Portrait d'André Cicolella

André Cicolella est chimiste-toxicologue, conseiller scientifique à l'Institut national de l'Environnement et des Risques (INERIS) et enseignant à l'École des affaires internationales de Sciences Po Paris. Il est président du Réseau Environnement Santé (RES), qui est à l'origine de l'interdiction du bisphénol A dans les biberons et les contenants alimentaires, de l'interdiction du perchloréthylène dans les pressings ou de la prise de conscience des effets de l'aspartame sur la santé. André Cicolella est l'auteur de nombreux ouvrages, notamment Alertes Santé (Fayard), Le Défi des épidémies modernes (La Découverte), Toxique Planète : Le scandale invisible des maladies chroniques (Broché).

Son dernier livre "Cancer du sein : en finir avec l'épidémie", publié aux Editions des Petits Matins, sera suivi de « Cancer de la prostate et Reproduction masculine : ces maladies qui auraient dû rester rares » qui sortira début mars 2017.

Référence

[1] Article du Monde : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2016/10/25/les-chiffres-des-principaux-cancers-decortiques_5019988_4355770.html